Charles Gounelle
Ce marchand d’huile habite rue Sylvabelle, lorsqu’il fait construire en 1865 une résidence d’été sur un terrain qu’il a acheté au comte de Villechaize (l’architecte est Condamin). En 1867, Mgr Place, évêque de Marseille, bénit le grand bâtiment et consacre la chapelle attenante.

La propriété Valmer (vue aérienne I.G.N. 1925) La propriété comprenait depuis 1854 une parcelle de 250 m2 vendue par Louis Boët à Charles Gounelle ; le patron huilier, âpre au gain, la revend en 1882 à l’État en vue de la construction du Marégraphe.

L’entrée de l’imposante villa est surmontée d’un cartouche orné d’enroulements (filets de pêcheur) et de décorations (harpons, palangrottes, flotteurs de pêche) rappelant que le lieu s’appelle « vagué à la mar » (va à la mer). La façade au premier étage expose un monogramme dans lequel sont entrelacées les initiales du propriétaire, C et G.
Gounelle et les fastes royaux
La fascination de Charles Gounelle pour la royauté apparait en 1868 lors de la cavalcade historique pour laquelle son fils Alfred représente le roi François 1er en visite à Marseille : https://la-butte-bompard.fr/2023/10/01/la-cavalcade-historique/
Note : sa fille Marie épousera un baron en 1877 et sa petite fille Aymée un comte en 1899 !
L’hebdomadaire marseillais fondé en 1875, La Vedette, politique, littéraire, artistique et mondaine rend compte régulièrement de la vie au « château Valmer ».
Réceptions de l’aristocratie marseillaise

Les déjeuners et grands diners

Bals et musique
Les renseignements mondains -description des lieux et des invités – nous renseignent sur la vie de « l’élite de l’aristocratie et du monde militaire » à la fin du XIXe siècle à Marseille. Des tableaux de maitres et de riches tentures des Gobelins sont mis en valeur par la lumière électrique. Les toilettes des dames, portées avec distinction, sont détaillées. La soirée se termine par un cotillon aux luxueux accessoires.

Le cotillon se compose de danses variées et de scènes mimées, par lesquelles se termine en général un grand bal. Il comportait primitivement un certain nombre de figures classiques parmi lesquelles le berceau, les cercles jumeaux, le chapeau, la chasse aux mouchoirs, la corbeille, la mer agitée etc. Ces figures tendent à disparaitre peu à peu, pour être remplacées par des jeux avec accessoires, presque toujours accompagnés d’une distribution de souvenirs : fleurs, tambourins, etc. Le cotillon est conduit par un couple, cavalier et dame. (Encyclopédie 1934).
Soirée de contrat au château
La magazine « La Vedette » décrit avec beaucoup de détails cette soirée (contrat de mariage entre Aymée de Villechaize et le comte Jean d’Andigné passé le 28 décembre 1899; mariage célébré le 29) : les invités, les toilettes des dames, le décor « féérique » des salons…

Les mariages au château

Le premier mariage célébré avec fastes au château Valmer en 1877 est celui Marie Gounelle (fille de Charles) avec le baron de Saint-Genest. Le Figaro du 19 juin 1877 relate : « pour la fête, M. Gounelle a fait venir l’élite des artistes marseillais et une cantatrice américaine ».
Le magazine La Vedette décrit avec emphase le mariage d’Aymée, petite fille de Charles Gounelle, mariage civil suivi d’une réunion intime, et mariage religieux en l’église St Joseph assisté par « l’élite des ecclésiastiques et religieux de cette ville« , suivi d’un grand diner de famille (menu signé Vaud et Castelmuro).

La maison Castelmuro, confiseur rue Paradis 21-23, est gérée en 1899 par Louis Imbert (famille qui habite au vallon de l’Oriol).
Carnet de deuil
Les funérailles religieuses de Charles Gounelle sont évoquées dans un article du journal « Le Mistral » en 1897 :

l’article souligne la présence à cette cérémonie de religieux, (CH. Gounelle était commandeur de l’ordre de St-Grégoire, distinction accordée par le Saint-Siège en reconnaissance de services à l’Église), d’orphelinats pour celui dont la vie était faite « d’honneur, de probité ainsi que de charité«

Les décès des membres de la famille Gounelle font l’objet d’articles élogieux dans la presse mondaine, tel celui de La Vedette concernant la mort d’Alfred « une des personnalités les plus distingués (sic) et les plus sympathiques de l’aristocratie de notre ville… un véritable gentilhomme…« .
Après le décès de Charles, Aymée comtesse Jean d’Andigné, née Jangot de Villechaize hérite du château.
Fin de la vie de château
1941 : Une procédure d’expropriation est entamée par le régime de Vichy qui devient propriétaire de la propriété en 1942. La villa est alors réquisitionnée par la Kriegsmarine. 1945 : A la fin de la guerre, l’État ne restitue pas la propriété et y abrite l’École nationale de la Marine Marchande.

Sur les bâtiments annexes, un bas-relief représentant des bateaux était probablement un vestige de cette école (photo MB 1990).
1967 : La ville de Marseille en devient propriétaire suite à un échange fait avec l’État et y installe les Services de l’Agence d’Urbanisme. 2002 : Les services municipaux déménagent et les locaux sont alors occupés par le bureau local de l’ONUDI, de l’OCEMO et du CMIM .
et après ?
Le parc, écrin de verdure avec vue exceptionnelle sur la mer est apprécié des Marseillais et sert de cadre aux photos de mariages jusqu’en 2017 avec un projet de privatisation et du château et du parc.
https://la-butte-bompard.fr/2023/10/04/quel-avenir-pour-la-villa-valmer/
