Transmise sur plusieurs générations, l’histoire raconte que le frère Mathias, créateur de la célèbre Eau de Mélisse, vécut ici. J’ai recherché des documents pouvant donner corps -ou pas- à cette légende.
Les documents
Aux Archives de la Ville, un manuscrit inédit de l’abbé Antoine Véritier signalait la vente par adjudication, le 1° février 1792 au Roucas-Blanc, de 2 masures et un terrain inculte de 8 carterées (soit 16000 m2). On peut supposer que les dites masures avaient été un « désert » : lieu où les Carmes Déchaussés devaient se retirer pendant 5 ans, partageant leur temps entre travaux spirituels, vie contemplative, astronomie, médecine, étude des simples (plantes utilisées en pharmacie).
Mais la traverse Mathias a-t-elle pu être dite « au Roucas-Blanc » dans un acte ?
Sur le Cadastre napoléonien les parcelles correspondant à cette voie sont sises secteur « N.D. de la Garde » ainsi qu’un acte de vente de la propriété en 1864, lieu dit « Beau Vallon » :

Cette voie est nommée dans l’Indicateur marseillais « Beau Vallon » jusqu’en 1892 où elle prend le nom de « traverse Mathias ».

Les propriétaires successifs.
Pierre Borea, peseur du commerce, parait dans l’Indicateur marseillais de 1858 à 1864 avec comme adresse Endoume vallon de l’Oriol; ensuite il est domicilié au 20 bd Gazzino.
Marie Antoinette Varlet, dite Milot, est une artiste lyrique marseillaise qui demeure rue de la Darse 31 en 1864. Elle réside à Bougival lorsqu’elle se marie en 1886.
Gabriel Maurin né le 11 juin 1849 à Tarascon; il épouse Augusta Blanchard le 23 octobre 1880 à Marseille où Il est pharmacien. Il reçoit les Palmes académiques en 1891, est nommé officier de l’Instruction publique en 1902; il est aussi vice-président de l’Association des anciens élèves des lycées et collèges et juge au Tribunal de Commerce de Marseille. Il décède le 15 janvier 1905.
Villa La Mélisse
Ce nom a probablement été donné à sa villa de campagne par Gabriel Maurin, détenteur du secret de « l’eau de Mélisse » (sa résidence principale avec son épouse est avenue du Prado 88). Est-ce lui qui a demandé que la traverse Beauvallon soit renommée « traverse Mathias » en mémoire du frère ?
Le frère Mathias
En 1792 a lieu la suppression des Ordres Religieux en France; les Carmes Déchaussés n’échappent pas à la règle, et le frère Mathias (François Maillard) qui était attaché à la pharmacie du couvent, ouvre sa propre officine, rue Vacon, où il continue la fabrication de son Eau de Mélisse.

Par acte notarié, le 25 février 1810, le sieur François Maillard cède, avec réserve de jouissance durant sa vie, au sieur Larentière, la pharmacie qu’il avait créée rue Vacon 45. Par acte passé le le 11 octobre 1832, le sieur Larentière vend au sieur Brun le fond de pharmacie et en même temps le secret de l’Eau des Carmes qui y était attaché. Le sieur Brun cède la pharmacie et le secret au sieur Emery, qui les cède à son tour au sieur Gabriel Maurin.
de l’Eau des Carmes Déchaussés à l’Eau du Frère Mathias

Presse et publicités
Outre les publicités parues dans l’Indicateur marseillais (ci-dessus), la marque a fait l’objet de nombreuses cartes postales et d’un article ironique (ci-dessous).

Différentes recettes de l’Eau de Mélisse »
Dès le 16e siècle, chaque couvent, chaque ordre religieux fabriquait son eau et se prévalait de détenir la véritable recette, tenue secrète et transmissible seulement à un religieux, sous promesse.
Avec les feuilles de mélisse, les Carmes faisaient macérer dans de l’alcool : cannelle, coriandre, noix muscade, poudre de girofle et écorces de citron vert.
Curieusement on trouve sur le Net l’historique de l’eau du couvent parisien de la Rue Vaugirard (aujourd’hui « eau des carmes Boyer »), celui des Carmes de Bordeaux, celui du couvent St Louis… mais pas celui du couvent de Frères Déchaussés de Marseille et du frère Mathias.

