Canebière et culture du chanvre
Le nom de « Canebière » signifie en provençal « chanvre », et le lieu où on cultivait cette plante était appelé « canebe ». En Provence, l’histoire de cette plante rustique remonte à l’époque romaine où le climat méditerranéen favorisait sa culture. Sa production augmenta au XVIIe siècle avec la création de « la corderie royale » par Colbert qui voulait garantir l’approvisionnement national de cette plante utilisée alors pour voiles, cordages, câbles et échelles (les échelles de corde sont souvent utilisées dans la Marine).

Le chanvre était livré à Marseille sur la célèbre voie qui a pris son nom.

Il subissait ensuite de nombreux traitements dont les noms provençaux figurent dans « Le Trésor du Félibrige » de F. Mistral.
Toutes les transformations -de la plante au cordage- sont décrites avec beaucoup de rigueur et illustrées par de nombreuses gravures dans l’ouvrage de Duhamel : « Traité de la fabrique des manœuvres pour les vaisseaux ou l’art de la Corderie perfectionné » 1747.

Sur cette gravure (in Traité), on voit plusieurs ouvriers occupés à examiner la qualité du chanvre qui vient d’être débarqué sur un port.
du chanvre au cordage
La vente de plusieurs corderies marseillaises décrivent le matériel utilisé par cette industrie. Le « traité » de Mr Duhamel, inspecteur de la Marine, nous permet d’en savoir plus sur les savoir-faire des cordiers.

L’atelier des espadeurs est le lieu où le chanvre reçoit différentes préparations dans la salle des chevalets. Le chanvre y est frappé avec l’espade (palette en bois) pour rejeter la mauvaise étoupe; il est ainsi nettoyé de ses chènevottes (tiges du chanvre).

Dans l’atelier des peigneurs, le seran -genre de râteau- sert à peigner la filasse, perfectionnant ainsi le traitement donné précédemment par l’espade.

Dans l’atelier des fileurs, on utilise des rouets (instruments à roue servant au filage), des tourets (dévidoirs sur lesquels on enroule les cordes) et des râteliers qui soutiennent les fils tordus sur eux-même. Il y a aussi des fileries découvertes.
Fileries découvertes et fileries couvertes
Les fileries découvertes sont de longues allées sur un sol relativement plane où le travail est soumis aux aléas de la météo.

Les fileries couvertes sont de grandes galeries, longues d’au moins 120 brasses ou 600 pieds; leurs fenêtres sont garnies de contrevents que l’on adapte selon la température de la pièce. (1 brasse = 1,62m, 1 pied = 324mm)

Les cordiers marseillais
Les cordiers qui exerçaient leur art dans la Ville-Basse depuis le Moyen-Age, se déplacent du côté de Rive-Neuve à l’instar de la corderie des Arsenaux.
Dans de nombreuses familles, on est cordier de père en fils; ainsi chez les AUDIBERT se succèdent : Pierre Jacques Joseph (1796-1849) auffier; Joseph Antoine (1833-1888) cordier négociant; Pierre Auguste Antoine (1858-1945) industriel, cordier et juge au Tribunal de commerce ainsi qu’Émile Marie (1905-1945). Chez les FOUQUE : Jean Baptiste (1725-1800); Barthélemy (1765-1816); Martin Marie (1791-1871).
L’auffier fabrique aussi des cordages, des filets à grande maille et des couffins, mais à partir d’une plante graminée appelée auffe (ou alfa). A Marseille les auffiers s’installent vers 1750 au bord de la calanque du Mal Aisé, lieu qui prendra leur nom et deviendra le vallon de Auffes.
