
Lors d’une balade dans les petites rues d’Endoume (sur les pentes du vallon de la Fausse Monnaie), cette plaque de rue a attiré notre attention.
Elle a été placée là lors du bicentenaire de la Révolution en 1989, en mémoire des cinq cents fédérés marseillais qui sont partis pour Paris en juillet 1792.
Cette rue porte le nom de « Cinq-Cents » depuis 1872 (aucune trace d’un nom précédent). On peut supposer qu’elle avait été ainsi baptisée après que Marseille soit devenue « commune révolutionnaire » en 1871 (ce mouvement insurrectionnel fut réprimé le 4 avril, faisant 52 morts. Il y eu de nombreuses arrestations et condamnations, mais seul le jeune avocat Gaston Crémieux fut fusillé le 30 novembre 1871).
Cette plaque de rue est répertoriée dans « Mémoire de lieux » : https://www.geneanet.org/lieux/?id_marqueur=63000&latitude=43.2814027&longitude=5.3526779
Les Cinq-Cents dans les livres d’Histoire
Le bataillon du 10 août vu par Marius Dubois, Paul Gaffarel et Jean Baptiste Samat, auteurs du livre « Histoire de Marseille » édité en 1928 :
« Alors se forma le fameux bataillon du 10 août, celui qui fit connaitre, dans sa marche à travers toute la France, le chant de guerre aux armées des frontières, de Rouget de Lisle, qui est devenu le chant national de la France, l’immortelle Marseillaise. On a prétendu que les soldats de ce bataillon étaient un ramassis de brigands levantins, génois, marocains, l’écume et la lie des ports de la Méditerranée. Il se peut que quelques gens de sac et de corde se soient glissés parmi eux, mais la plupart d’entre eux étaient d’ardents patriotes, et leurs chefs, Moisson et Granier, d’honnêtes citoyens, qui croyaient remplir un devoir. Bien accueillis à Paris par les Jacobins, ces Marseillais se signalèrent une première fois dans une rixe aux Champs-Élysées avec les grenadiers des Filles-Saint-Thomas, mais c’est au 10 août 1792, lors du siège des Tuileries, qu’ils luttèrent contre les Suisses et contribuèrent à la victoire du peuple ».
et par Gabrielle Castellari auteur d’un livre intitulé « Histoire de Marseille » édité en 1945 :
» Recruté en deux semaines, le bataillon partit de Marseille le 2 juillet 1792 et, à travers les routes de France, et dans Paris, de la Place de la Bastille au quai des Orfèvres, les Marseillais chantent avec un tel cœur et un si bel ensemble de voix méridionales l’hymne nouveau que cet hymne désormais leur appartient, car il n’y a qu’eux pour le chanter ainsi, et le chant des armées du Rhin devient pour toujours « La Marseillaise »
« La chronique de la Révolution », édité par Larousse en 1989, évoque surtout le rôle des Fédérés dans le lancement du chant « La Marseillaise » :
« Tout au long de sa marche vers la capitale, de village en village, le bataillon des cinq cents Fédérés de Marseille a martelé ce chant qui parle de combat et de tyrannie, de patrie et de liberté. Dans les rues où ils sont passés, des milliers de bouches enthousiastes les ont reprises après eux. La Révolution a trouvé son hymne, hymne de guerre, mais aussi de fraternité…Si ces ardents patriotes du Midi ont été les premiers à adopter ce chant venu de l’Est, c’est qu’ils y ont trouvé exprimée la ferveur révolutionnaire qui les anime et qu’ils vivent avec toute la fougue et la passion méridionales ».
Dans la presse locale
Dans Le Sémaphore du 27 avril 1913 parait un article intitulé « Marseille et la Provence en 1792« . Extrait :
« Et le bataillon de Marseille, le fameux bataillon du 10 septembre commandé par François Moisson, part le 2 juillet et entre à Paris le 30. L’effectif du bataillon ne comprend pas que des Marseillais. Ceux-ci sont environ quatre cents, les cent autres se répartissent dans diverses localités. Sur ce nombre trente sont des villes ou villages du département. De tous les fédérés se trouvant à Paris avec eux, les Marseillais semblent être les seuls qui témoignent de sentiments républicains. Ils électrisent tous les autres… On sait la part qu’ils prennent au combat contre les Suisse du Palais; vingt d’entre eux sont tués; nombre d’autres sont blessés. Précédé à Marseille par Barbaroux et Rebecquy qui ont raconté ses exploits, le bataillon des Marseillais est reçu triomphalement; on tresse aux volontaires des couronnes civiques ».
Le commandant François MOISSON
Né à Salon en 1745, François Moisson, pelletier installé à Marseille, prit le commandement du bataillon des Marseillais. Il pénétra le premier dans la cour des Tuilerie où il fut blessé à la jambe, laissant le commandement du groupe à son adjoint J.P.Garnier.
Il est décédé à Marseille le 2 août 1811; une rue prit son nom le 23 octobre 1900 (ex rue Ste-Pauline).
Marseille fête la victoire des Fédérés et commémore ses morts
Suite à l’appel de l’avocat Jean-Charles Barbaroux, ils partirent cinq cents de Marseille, mais vingt ne revinrent pas.
A son retour de Paris le bataillon des Fédérés est accueilli sous l’Arc-de-Triomphe de la Place d’Aix par les Marseillais; suivent des jours de fêtes ininterrompues, des promenades civiques, des feux de joie. Mais à l’annonce des noms de ceux qui sont morts en combattant pour la liberté, les réjouissances cessent. Un cérémonie est alors organisée autour de l’arbre de la liberté à la droite duquel est dressé un cénotaphe gardé par quatre femmes en grand deuil.

La plaque de marbre du cénotaphe a été mise en valeur à l’Hôtel-de-Ville de Marseille; elle commémore la mémoire de ces vingt fédérés qui sont morts à Paris en combattant pour la liberté le 10 août 1792 (date qui a été donnée comme nom à une rue marseillaise).
La RUE du DIX AOUT dans le 11e arrondissement, ex Place de l’Église de Saint-Marcel, renommée le 6 juillet 1926 en souvenir du jour de l’attaque des Tuileries par les Marseillais, la chute de la royauté et la suppression des privilèges.
Ce monument en mémoire des vingt Fédérés décédés placé dans l’Hôtel-de-Ville de Marseille est répertorié dans « Mémoire des lieux » : https://www.geneanet.org/lieux/?id_marqueur=129005&latitude=43.2963347442&longitude=5.3698968886
