Dans ma famille, après la Seconde Guerre Mondiale on disait encore : « je descends à l’Octroi » lorsque passager du tram 61, on le quittait à l’arrêt, Bd de la Corderie.
Mais qu’était cet Octroi dont il ne restait aucune trace ?
Il faut remonter à l’époque où la ville, Marseille, était entourée par un rempart percé de plusieurs portes qui permettaient le passage des voyageurs et le contrôle des marchandises.

L’Octroi, péage qui avait été supprimé par l’Assemblée Constituante en 1791, fut créé à Marseille en 1800 par le préfet Delacroix. L’octroi percevait des recettes au bénéfice de la Ville sur les consommations locales introduites dans une zone délimitée.
« Les matières soumises aux taxes d’octroi sont rangées en six classes : 1° alcools et huiles; 2° comestibles; 3° combustibles; 4° fourrages; 5° matériaux de construction; 6° objets divers (suif, chandelles, savons, cires, vernis).
Les limites du territoire auquel la perception s’étend doivent être indiquées par des poteaux portant les mots « Octroi de… » .
Les bureaux des recettes
Il ne reste aucun vestige, aucune photo de l’octroi de St Victor ! Seul l’Indicateur marseillais témoigne de la présence des postes de contrôle aux Catalans et à Endoume (St Victor ?)


Vestige d’un poste de l’Octroi à Marseille, un petit bâtiment cité dans le livre « Il était une fois dans les calanques ! » (JM Nardini & T Garcia) est toujours visible au 217 av. de Montredon.
Les entrepôts de l’octroi
Une recherche dans l’Indicateur Marseillais nous apprend qu’un entrepôt de l’Octroi, domaine « La Félicie », se situait derrière l’abbaye St Victor. Il faisait partie d’un grand bâtiment industriel qui a été construit après l’ouverture de la rue de l’Abbaye ( rue ouverte sur les dépendances de la basilique en 1855).

En 1871 le domaine la Félicie devient « le siège d’un entrepôt public sous les clefs de l’administration de l’octroi » (qui y encaisse des droits de magasinage). En 1870 son adresse est « Prolongement du bd de la Corderie N° 4 ».
« L’entrepôt est une faculté donnée à un commerçant ou un propriétaire de recevoir ou d’emmagasiner dans un lieu sujet à l’octroi des marchandises qui y sont soumises et auxquelles il réserve une destination extérieure. L’entrepôt est placé sous la surveillance de l’octroi ».
La fin de l’octroi
La suppression des barrières de l’octroi qui avait été a été promise à plusieurs reprises en 1815, 1847 et 1869 et qui, pendant la Seconde Guerre Mondiale avait contribué à augmenter les difficultés d’approvisionnement pour les Marseillais, fut supprimé définitivement en 1943 par le gouvernement, et officiellement en 1948. Mais le nom perdura pour les générations qui avaient connu le poste de St Victor avant-guerre !
Les sociétés de bienfaisance
En application de la loi du 27 novembre 1796 (7 FRI V), les bureaux de bienfaisance sont créés dans les communes pour porter secours aux pauvres, vieillards et infirmes qui ne peuvent être reçus dans les hospices.

En 1809, un poste de contrôle d’une « régie intéressée de l’octroi municipal et de bienfaisance » est situé « à la porte Saint-Victor »; en 1862, « l‘administration du Bureau de Bienfaisance » a une succursale : la pharmacie sise à l’angle de la rue de la Croix et du bd de la Corderie (N° 42 en 1865 = N° 12 en 1870).
Le droit des pauvres. Impôt qui revenait aux bureaux de bienfaisance et était prélevé sur les recettes des spectacles (théâtres, cinémas, carnavals….).
Auguste Chauvin, employé chez Noilly-Prat, était bénévole au « droit des pauvres »; il était chargé de relever cet impôt dans les cinémas du quartier.
Le « droit des pauvres » a été supprimé par le régime de Vichy (loi n° 5495 du 31 décembre 1941, loi qui a créé parallèlement un impôt sur les spectacles, jeux et divertissements au profit des communes).
La contrebande
La destruction des remparts dès 1830 avaient favorisé la contrebande. Le compte-rendu du Conseil municipal du 5 septembre 1836 mentionne une demande du Préfet pour la « construction d’un mur d’enceinte renfermant la ville pour diminuer les effets de la contrebande«

La vie des préposés
Les salaires, l’entretien, les retraites et les aides aux employés de cette administration sont assurés par la Mairie de Marseille.

Le compte-rendu du Conseil municipal du 5 septembre 1836 cite les chargés de l’entretien des employés :
habillement (Doize tailleur),
coiffure (Riqueau chapelier),
chaussures (Mense cordonnier),
sacs des préposés (Paucheran)
musettes des chefs (Maunier Garambois)
Photo ci-contre : les préposés devant le BUREAU d’OCTROI de MONTOLIVET (carte postale)
Et pour clore ce sujet, comment ne pas évoquer le plus célèbre « commis de 2e classe » de l’octroi (bien qu’il ne soit pas marseillais) le douanier Rousseau !
Ce peintre naïf a immortalisé sa profession dans un tableau peint en 1890, qui représente une barrière de l’octroi en région parisienne et est conservé à la Galerie Courthauld in London !

