La carrière antique de la Corderie

Lors de la Journée de l’Archéologie ce 14 juin 2026, ce qui a été conservé de la carrière antique de la Corderie, était accessible au public. J’ai pu photographier l’unique petit bloc, témoin tel un cénotaphe, de ce qui fut la plus ancienne carrière connue en Europe; partagée entre la tristesse et la colère je me suis souvenue de la lutte que les amoureux de la ville avaient menée -vainement- pour une conservation maximale de ces vestiges !

La découverte des vestiges

Début 2017, des vestiges archéologiques ont été mis à jour lors des travaux, entrepris, Bd de la Corderie, (en vue de la construction d’un ensemble immobilier) sous le dernier morceau existant des remparts de Marseille.

une carrière abandonnée… des colonnes… un sarcophage…. un puits….

Le promoteur qui dut arrêter le chantier plus de 4 mois, disait alors :

Il laissait l’accès à ces vestiges, simplement protégés des intempéries par des bâches en plastique retenues par quelques pavés.

L’espoir était grand de voir conservée « notre carrière » en l’intégrant dans un circuit « archéologie » comprenant le lycée du Rempart cf : https://la-butte-bompard.fr/2026/06/20/decouvertes-archeologiques-sous-le-lycee-du-rempart/ et l’abbaye St Victor cf : https://la-butte-bompard.fr/2024/07/07/la-rue-de-labbaye/ .

Un site classé

Sur les 6500m2 que comptait cette carrière, 635m2 ont été classés « Monument historique » par la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, le 13 septembre 2018.

Ce lieu de travail, avait été abandonné et comblé une première fois dans les premières décennies du Ve siècle Av J.C., puis re-utilisé. S’y trouvent sur 6m de haut, des sarcophages, des dalles de couverture, des linteaux, des blocs circulaires (meules ou tambours de colonnes) et des ouvrages de plus petit format : couvercles de jarres ou bases de pressoirs pour huile ou vin.

Sur les palissades enfermant le chantier, un affichage laisse entrevoir une esquisse séduisante pour un futur aménagement : un jardin des vestiges accessible à tous.

Le projet est décrit dans une lettre de la Préfecture :

De l’espoir à la déception

Rapidement, le promoteur de l’immeuble prévu sur cet emplacement fait valoir ses droits, et malgré ce que Xavier Delestre avait écrit en préface de son ouvrage « Lubéron et pays d’Apt » (Carte archéologique de la Gaule) 2004 :

ce directeur régional de l’archéologie à la D.R.A.C. déclare le 22 juin 2017 dans Marsactu, au sujet du devenir de ce site grec « Le projet (d’immeuble) sera réalisé tel qu’il est prévu ».

Réponse de Jean Noel Beverini, écrivain :

Rien n’est mis en œuvre pour rendre le site accessible aux visiteurs (les propriétaires des nouveaux appartements sont contre !). La parcelle abandonnée aux eaux stagnantes se dégrade progressivement en attendant qu’une décision sur son avenir soit prise.

Les manifestations des citoyens

Dès 2017, de nombreuses manifestations ont lieu pour réclamer la conservations des vestiges de notre carrière antique.

bd de la Corderie, place Joseph Étienne, devant la Préfecture….

L’occasion de se rappeler que Gaston Defferre avait déclaré en 1967 lors des travaux du futur « Centre-Bourse » révélant des vestiges :

« C’est pas parce qu’on a trouvé des pierres qu’il faut arrêter le chantier… je ne me laisserai pas intimider par ces petits cons d’archéologues « 

Heureusement, nous avions à cette époque un ministre de la Culture digne de ce nom, André Malraux, qui fit cesser les travaux par arrêté… Ainsi furent conservées ces fouilles dont Marseille s’enorgueillit aujourd’hui.

Un choix difficile

François Botton, l’architecte en chef des monuments historiques missionné par la DRAC-PACA a imaginé concernant l’avenir de ces vestiges, trois scenarii plus ou moins interventionnistes qui seront soumis à l’arbitrage :

La tentation de l’enterrement est grande… des personnalités s’insurgent :

Rudy Ricciotti, architecte visionnaire  » on nous prend pour des cons à bout portant »

Malgré les promesses faites, les vestiges tout d’abord recouverts d’une bâche en plastique pour les protéger des intempéries (photo 2021), ont finalement été ensevelis sous une épaisse couche de terre avec l’aval de la nouvelle ministre de la Culture, Roselyne Bachelot.

Un seul bloc reste aujourd’hui visible -de loin- l’approcher n’étant désormais possible que lors des Journées de l’Archéologie.

On s’est moqué de nous !

Il apparait que le promoteur avait fait faire des sondages (6 forages) dès 2002 ! et que la Ville était au courant !! (le front de taille de la carrière antique étant alors localisé). D’autres forages ont eu lieu en 2016, mais le rapport transmis à la Mairie par Vinci n’est jamais apparu officiellement !!!Ce dossier « enterré » qui n’a pas été communiqué aux services archéologiques de l’État, n’est réapparu qu’en 2013 !!!!

Marseille ville antique sans antiquité

Le collectif « Laisse Béton », soutenu par plusieurs associations transmettait dans une lettre ouverte envoyée au Ministre de la Culture la colère de leurs concitoyens devant un état de fait qui perdure dans cité phocéenne : l’abandon de ses antiquités.

Marseille ville antique sans antiquité. Cette expression est utilisée pour la 1ere fois par Louis MERY, (archiviste et bibliothécaire de la ville), puis par Abel HUGO (frère de Victor). Elle devient l’argument d’un poème écrit par Joseph MERY, frère de Louis).

Joseph MERY, auteur de nombreux articles de presse, pièces de théâtre, romans … aimait faire connaître sa ville natale à ses amis. Il a écrit ces vers pour Alexandre DUMAS en visite à Marseille en 1840.

Drôle de coïncidence : son père était propriétaire de la carrière de La Couronne (souvent citée dans les articles concernant le calcaire de la carrière Saint-Victor !).

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