Des étés caniculaires

Il y a 120 ans, Marseille subissait (déjà) un été caniculaire, soit 97 jours de sècheresse entre le 6 juillet et 10 septembre !

A l’Exposition coloniale qui se tint au Parc Chanot, du 15 avril au 16 novembre, les visiteurs apprécièrent la fraicheur apportée par l’eau de la Durance qui alimentait sans cesse la fontaine lumineuse du château d’eau devant le palais de l’Exportation et devant le temple d’Ankor.

Les Années caniculaires en France

En France, les relevés systématiques des températures ont commencé en 1878 avec un service météo dédié suivi auquel a succédé le Bureau central météorologique devenu par la suite l’Office national météorologique, la Météorologie nationale, et enfin Météo-France depuis 1993. »

Mais nous avons connaissance des épisodes de canicules que la France a subies dès le 17e siècle, grâce aux commentaires faits par les prêtres dans les actes paroissiaux, en particulier dans les villages.

D’après ces témoignages et les relevés systématiques, on sait que la France a vécu plus d’une vingtaine d’étés caniculaires par siècle !

1604, 1605, 1612, 1615, 1622, 1628, 1636, 1637, 1645, 1652, 1653, 1654, 1666, 1669, 1676, 1681, 1684, 1685, 1686.

1705, 1707, 1723, 1726, 1729, 1731, 1736, 1741, 1742, 1743, 1751, 1757, 1759, 1760, 1761, 1762, 1764, 1765, 1766, 1772, 1773, 1778, 1783, 1784, 1785, 1788, 1790, 1793, 1795,1798, 1799

1803, 1805, 1811, 1818, 1822, 1825, 1826, 1835, 1842, 1846, 1852, 1857, 1858, 1859, 1864, 1870, 1874, 1876, 1881, 1884, 1892, 1893, 1895, 1899

1900, 1904, 1906, 1911, 1913, 1921, 1923, 1928, 1932, 1933, 1945, 1947, 1949, 1950, 1952, 1955, 1959, 1961, 1962, 1964, 1968, 1971, 1976, 1983, 1990

2003, 2006, 2017, 2018, 2019, 2020, 2022, 2023, 2024, 2025, 2026

Les conséquences de ces étés caniculaires étaient souvent dramatiques : perte des récoltes…disette… famine… pour une population majoritairement paysanne qui vivait essentiellement de ses cultures; manque d’eau… eau infectée… dysenterie… entrainant la mort des bébés et petits enfants surtout.

Un excès de mortalité important, d’après les statistiques de l’INSEE, se produit toutes les années où de très fortes canicules ont été notées (1976, 1983, 2003 et 2006). Les pointes de mortalité observées occasionnellement ces années-là, ont donc bien une explication essentiellement d’ordre climatique.

Il est intéressant de constater que le phénomène « canicule » n’est pas exceptionnel en Provence. Trouvé dans « l’Almanach provençal » que le 15 juillet 1887 : le thermomètre a atteint 49°6 à Avignon ! Mais on ne parlait pas encore de réchauffement climatique à cette époque, et les Provençaux trouvaient cette chaleur normale, bien qu’exceptionnelle.

A Marseille en 2020, en plein été, le thermomètre sur une terrasse plein Sud a enregistré 60° !

Pour créer des zones de fraicheur, avant l’arrivée de l’électricité, on plantait des arbres dans les jardins, les parcs, les rues…

Des arbres pour des rues ombragées

L’Encyclopédie des Bouches-du-Rhône 1935 cite les nombreux essais faits à Marseille pour trouver des espèces d’arbres adaptées au climat particulier de la ville (soleil et vent) :

Le platane. Originaire d’Orient, cet arbre a été adopté en 1794. On compte 12880 Platanus orientalis à Marseille en 1935 parmi les 27000 arbres divers plantés le long des rues, boulevards, places, parcs, jardins publics, cimetière, cours d’écoles publiques.

le platane qui ombrageait la terrasse du bar, à l’ angle du bd Bompard et de la rue Ste-Eugénie, au début du 20e siècle, a disparu !

A partir de 1970, on a dû abattre dans notre ville, un grand nombre de ces arbres qui étaient atteints par le chancre coloré (champignon spécifique du platane importé via les caisses en bois déposées par l’armée américaine au Parc Borély en 1945-46).

En 2019, un platane résistant aux maladies et au chancre en particulier, le Vallis Clausa, a été replanté cours Lieutaud.

micocouliers, platanes et magnolias ombragent avenues, cours d’écoles et places

A noter l’aberration des Palmiers au bas du vallon de l’Oriol (arbres qui n’apportent aucune fraicheur, mais plantés là par le seul caprice d’un maire qui voulait donner à cette voie un air de Côte d’Azur !!!)

Le micocoulier du Midi. Cet arbre appartenait à la végétation naturelle de la Provence avant les glaciations qui l’ont fait disparaitre (un très fort refroidissement climatique qui a envahi l’Europe il y a 18000 ans). L’espèce réintroduite depuis longtemps en France, est désormais préconisée -en raison du changement climatique- pour ombrager nos rues. A Marseille en 1935 sont répertoriés 362 Cedris Australis.

Le magnolia grandiflora. Cet arbre exotique originaire de la Caroline, importé en Europe au 18e siècle, a été largement acclimaté en Europe. A Marseille en 1935 sont répertoriés 108 magnolias à grandes fleurs.

Canicules et incendies

De tous temps, les grands incendies ont été d’origine humaine, aggravés par trois facteurs associés – sècheresse, canicule et grand vent – Jadis, le feu était provoqué par les essarts, les cheminées d’usines, les escarbilles des trains… Aujourd’hui, il est dû à la négligence de ceux qui jettent leurs mégots non éteints sur les autoroutes, à ceux qui allument des barbecues dans des zones boisées… ou à des irresponsables qui s’amusent avec des fusées de détresse, ou mettent le feu à des poubelles pour s’amuser !

L’incendie de Rognac, le 20 août 2016, est parti de 3 feux distincts dans une zone particulièrement sèche, attisés par un Mistral qui soufflait à plus de 100km/h.

Les fumées ont envahi le ciel marseillais, lui donnant une étrange couleur de feu.

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