historique de l’arbre
Avec la vigne et l’olivier, le figuier fait partie de la civilisation méditerranéenne; il figure dans les légendes grecques, les traditions orientales et les œuvres d’art italiennes, mais aussi dans les livres de botanique contemporains.
D’après « Les ligneux des collines » (édité par le CRDP en 1988) :
« Avant d’arriver en Provence, le voyage du figuier a été lent : cultivé en Palestine il y a 15000 ans, ce n’est que 4000 ans avant J.C. qu’on le cultive en Grèce (où il est considéré comme un arbre sacré, espoir d’une vie meilleure dans l’au-delà). Il ne passera en Italie que 1700 ans avant J.C., et encore plus tard en Provence ».
D’après la « Botanique agricole et médicinale », livre ayant appartenu à mon arrière grand-père, jardinier au 19e siècle à Hyères (la culture du figuier est importante dans cette région du Var) :
« Le figuier fut importé par les Phocéens qui fondèrent la ville de Marseille six cents ans av. J.C. Quoiqu’il en soit de cette tradition, le figuier est cultivé depuis très longtemps dans le Midi de notre pays, soit en plein champ, soit dans les jardins «
Dans l’Antiquité :
Selon la légende, Adam et Eve auraient couvert leur nudité avec des feuilles de figuier. Selon une autre légende, c’est sous un figuier sauvage du mont Palatin qu’auraient été découverts Romulus et Remus (les jumeaux fondateurs de Rome).
A la cour de Versailles :
Louis XIV qui aimait beaucoup les figues, fit planter 700 figuiers dans le potager royal.
la culture du figuier

On trouve plusieurs variétés de figuiers dans les jardins marseillais et principalement ceux qui produisent la petite figue verte et la violette.
Le figuier a un rôle écologique de premier plan. Ses racines aident à maintenir les sols et à limiter l’érosion, tandis que son abondant feuillage contribue à améliorer la qualité de l’air en retenant certains polluants atmosphériques.
le figuier, plante médicinale
L’usage de la figue est connu depuis la plus haute Antiquité.
Elle aurait, selon Horace, donné son nom au foie, à cause d’ Apicus qui s’en servit pour engraisser ses oies et obtenir du foie gras. La légende raconte que le roi Ezechias, malade, fut guéri par les figues que lui avait donné le prophète Isaïe. Selon des auteurs de la Renaissance la figue « faisait bon ventre et engendrait bon et louable sang ».
Platon vers le 4e siècle avant J.C. pensait que la figue renforçait l’intelligence; il l’appelait « l’amie du philosophe ».
Les propriétés de la figue. Elle est très nourrissante, facile à digérer, laxative et adoucissante (en décoction ou en sirop, elle fait partie avec le raisin sec, la jujube et la datte, des « quatre fruits pectoraux ») ; elle est aussi utilisée en cataplasme maturatif contre les abcès des gencives.
Les petites figues marseillaises de notre jardin finissaient souvent en confiture; nous dégustions ces fruits presque confits jusqu’au pécou*, lequel était attendu par notre chatte qui appréciait cette gourmandise.
le figuier en parfumerie

L’odeur sucrée, verte et boisée du figuier est à la base de plusieurs centaines de parfums : au parfumée… eau de toilette… infusion végétale…parfum d’ambiance…
le figuier dans les parcs marseillais

En 1935, les parcs et jardins de la ville de Marseille comptent 12 figuiers !
Pour la biodiversité locale, cet arbre est un véritable refuge. Ses figues constituent une source de nourriture essentielle pour différentes espèces d’oiseaux, alors que son feuillage dense abrite une grande diversité d’insectes.
le figuier des collines

Ce figuier commun dit « sauvage » pousse dans les collines calcaires de Marseille suite aux graines transportées par des oiseaux.
Il produit des figues et peut parfois prendre une très grande taille (comme ici, entre la rue du Coteau et la rue d’Endoume).
histoire d’un figuier

Ce haut figuier dans lequel, enfants, nous grimpions à l’aide d’une échelle pour cueillir ses succulentes grosses figues grises, donnait une ombre agréable lors des repas de famille. Il avait remplacé les arbres de la campagne Bec lors de la construction de la maison en 1928. cf https://la-butte-bompard.fr/2023/05/27/la-campagne-bec/
Mais il arriva un jour où la famille ne supporta plus de subir les chutes aléatoires de ses gros fruits et fit remplacer ce vénérable arbre par un jeune platane.

De nombreuses années après, on vit sortir au pied du platane un rejeton du figuier sacrifié !
Cette repousse fut délicatement transférée dans une campagne du côté de Cuges, où, malheureusement elle ne prit pas racine !
les noms et expressions en provençal
Une quarantaine de noms de figues sont cités dans le « Trésor du Felibrige » : qu’elles soient petites, rondes, plates ou longues, blanches, vertes, violettes, grises, noires ou rouges, leurs noms dits avec l’accent, sont aussi savoureux que la chair de ces fruits : bigouneto, boufarouno, bouso-de-vaco, coucourello, cuou-de-miolo, marsiheso, mouissono, pecouiado, pèd-de-biou, tapo-cuou, troupo-cassaire….
*pécou : mot provençal désignant la queue de la figue
Le figuier (figuiero) et la figue (figo) sont à l’origine de nombreuses expressions en langue provençale citées dans ce dictionnaire.

le figuier dans l’art et la littérature

Le figuier est présent dans des tableaux représentant Adam et Eve couvrant leur nudité avec des feuilles de figuier, ou encore la louve nourrissant Romulus et Remus sous cet arbre.
La plus ancienne interprétation de cette légende figure sur l’autel de Mars et Vénus trouvé à Ostie, où les deux figuiers qui encadrent la scène, sont reconnaissables à leurs feuilles dentelées et leurs fruits (ci-contre).
Au 17e siècle, Rubens et Pierre de Cortone ont peint cette même scène avec des personnages en costumes de leur époque, sous des figuiers beaucoup plus réalistes.

Le figuier, symbole de vie, de renouveau, de persévérance, de résilience, figure dans le titre de nombreux ouvrages dont :
Le figuier stérile (Evelyne Selles-Fische)
Le figuier de mon père (Vartan Berberian)
Le secret du figuier (Aloïs- Chemins d’aventures)
La mort du figuier (Robert Sabatier).
Dans le roman de Ramiro Panilla, » il incarne l’oubli de l’impossible, le souvenir vivant et silencieux.
Pour Antonio Pascale « Si en apprenant à lire les plantes, nous apprenions à nous voir et à nous accepter tels que nous sommes, dans le cycle de notre nature, vitale et contradictoire »
